Le comble de la cathédrale de Chartres

  

© DRChartres, 1837 et 1995-1997

- Maître d'œuvre de la restauration : Guy Nicot, architecte en chef
des monuments historiques
- Entreprise charpente : Eiffel ; Serge Deiber, ingénieur
- Entreprise couverture : UTB

        Le 4 juin 1836, un spectaculaire incendie dévorait la monumentale charpente de la cathédrale dont les dix mille pièces de bois composaient une véritable "forêt" en chataîgner du Danemark. Miraculeusement, le reste de l’édifice ne fut pas touché. Pour prémunir tout nouveau sinistre et par raison d’économie, la charpente fut reconstruite en fonte et en fer forgé, à l’image de celle de la Southwark Cathedral à Londres en 1822 ou de celle de Mayence en 1827.
Dès le mois d’août 1836, l’architecte départemental Édouard Baron dresse successivement plusieurs variantes pour le projet, étudiées avec le concours de différentes entreprises de serrurerie,comme Roussel, Leturc ou Mignon. Un premier projet dressé en collaboration avec Roussel est composé de fermes triangulées en fer forgé avec intrados cintré qui s’appuient directement sur les murs gouterraux, définissant une charpente minimale, très légère, à l’image de celle qui sera réalisée quelques années plus tard, en 1842, pour couvrir la basilique de Saint-Denis.

Une évolution du projet en 1837 montre une simplification du dessin et l’apparition de platines d’ancrage en fonte. D’autres variantes mettent en œuvre des fermes à extrados cintré. Les assemblages en sont réalisés par traits de Jupiter et boulons. Simultanément, Baron étudie avec Leturc des fermes en fonte au dessin néo-gothique très fouillé, composés de voussoirs ouvragés, alors même que ceux-ci ne sont pas destinés à être vus. Une version à l’ornementation simplifiée est cependant étudiée, qui réduit le coût d’environ 20 %. Après une ultime variante en fonte à intrados courbe, c’est finalement une solution mixte qui est retenue, sans concession décorative autre que la courbure en tiers-point des arbalétriers principaux en fonte, qui supportent une superstructure en fer portant la couverture en tuiles de cuivre. Les arbalétriers sont reliés par plusieurs rangées de doubles entretoises en fonte, formant ainsi un réseau tridimensionnel très rigide. La charpente d’un poids total de 601 tonnes est réalisé par Émile Martin et le serrurier Mignon, à qui l’on devait déjà les combles de la chapelle du Palais-Royal à Paris.

Le système de voussoirs boulonnés entre eux et entretoisés par des barres en fonte est directement inspiré de la technologie de certains ponts métalliques construits outre-Manche autour de 1800, dans lesquels la capacité de résistance de la fonte à la compression est mise à profit pour créer des arcs. Dans le cas de la cathédrale de Chartres, la pente très raide des arbalétriers limite les efforts de flexion, tandis qu’une série de tirants en fer forgé reprennent une partie de la poussée latérale.
La restauration très soigneuse menée par Guy Nicot, architecte en chef des monuments historiques, a mis en évidence le bon état de conservation de la charpente, malgré la corrosion touchant les nœuds des fermes ainsi que les entretoises supportant les tuiles de cuivre, par la formation d’un couple électrolytique fer-cuivre après la disparition du feutre isolant d’origine. Un certain nombre de boulons, de pièces d’assemblage et d’éclisses – fissurés, cassés ou manquants à cause des dilatations différentielles dues aux variations de température – ont dus être changés. Les fissures apparues sur les sabots ont été colmatées par une résine synthétique métallique. D’autres pièces ont été réparées mécaniquement par boulonnage, compte tenu de l’impossibilité de souder le métal ancien. L’ensemble de la charpente a été traité contre la corrosion et repeint en "gris lumière". Les onze mille tuiles de cuivres agrafées de la couverture ont été pour la plupart déposées et nettoyées puis refixées à l’aide de nouvelles entretoises en inox. Enfin le mécanisme de l’ange formant girouette au-dessus du chœur a été entièrement changé pour lui rendre sa mobilité.

Cette magnifique nef de fonte et de fer n’a pas seulement victorieusement défiée le temps, comme le prédisait l’architecte-ingénieur Charles Eck en 1841: "Ce comble tout en possédant les avantages d’une solidité mieux sentie et un caractère de durée qui n’admet aucun doute, a aussi cette forme élégante et monumentale que réclamait, à juste titre, le belle cathédrale dont il fait aujourd’hui le couronnement". Elle reste aujourd’hui l’une des plus anciennes charpentes métalliques de France, mais que l’œil divin peut seul admirer à loisir.

Bertrand Lemoine , "L'acier pour construire" N° 61 - février 1999

 

 

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